Dassetto Felice

Sociologue - Anthropologue, Professeur émérite UCL, Membre de l'Academie Royale de Belgique

L’étrange histoire d’un pacte des Coronavirus avec les humains colonisés

Décembre 2021

Racontée par Felice Dassetto

Je ne sais pas comment qualifier mon expérience. Ce n’est même pas une expérience. Elle est une sorte de sensation, mais plus qu’une sensation. Accompagnée par une teinte d’étrangeté, et en même temps, je ne dirais pas de familiarité, mais de naturalité.
Cela se passait dans un bois assez dense, ou plus exactement en lisière d’un bois. J’en ai compris après la raison : c’était un terrain neutre. Car cette réunion, qui n’était pas à proprement parler une réunion, ni une assemblée, mais une sorte d’événement, pouvait bouleverser pas mal de choses. La lisière du bois, exposée à un vent fort venant tant du nord que de l’Est, tant du sud que de l’ouest dans une sorte de croisement de tous les vents, était un carrefour des trames venteuses.

J’ai découvert ensuite que c’était aussi un lieu fondateur. Il date de quelques milliers d’années pour le dire suivant ma perception et mon langage. Il est originel, pour le dire dans le langage des « autres » ou plus exactement dans ce que j’ai entre-aperçus, entre-ressenti (car je ne connais pas leur langage ni même si c’est un « langage »).
Ces autres sont ceux, ou une partie de ceux, comme je l’ai appris après, qui ont suscité ce rassemblement qu’ils appellent transuniversel ou quelque chose de semblable.

Une expérience étrange

Je ne connais rien de précis sur tout cela ; c’est, comme je le disais, un ressenti. Et c’est un ressenti qui m’a amené à penser, là dans le bois, dans ce site que je savais avoir été daté par les archéologues de la période néolithique du Michelsberg, mais que, j’ai l’ai découvert ensuite, c’était aussi autre chose.

Je ne sais pas ce que j’ai vécu comme expérience. J’étais là. J’y étais obligé ? Contraint ? Non, je ne pense pas. Cependant je ne parvenais pas à en sortir.

Je ne sais même pas pourquoi je m’y suis trouvé et comment j’y suis arrivé et avec qui j’y étais. Mais j’ai su qui en avait été à l’origine, ou plus exactement par qui mon-être-ici était venu à existence.

Tout ceci a été expliqué par des mots, mais ce n’était pas à proprement parler des mots comme ce n’était pas un être, une forme qui faisait entendre des vibrations, comme un son, juste une lueur, peut-être, ou peut-être un ressenti.

Et le plus bizarre était que l’on parvenait à « dialoguer », mais je ne sais pas si le mot est juste, à s’entrecroiser, à s’entre-comprendre.

L’interlocuteur principal, si l’on peut parler d’interlocuteur, je l’ai compris au cours de cette assemblée qui n’en était pas une, était appelé et s’appelait lui-même quelque chose comme Lord-Mage, ou sorcière, cheffe ou chef, druidesse ou druide ou barde.

A cette voix, mais ce n’était pas une voix, je ressentais quelque chose qui me semblait un son, dans le souffle impétueux du vent. C’était à la fois inquiétant par la nouveauté de l’expérience et apaisant par ce vécu de demi-veille où l’on se laisse emporter par le sommeil.

La révélation du Lord-Mage

Lord-Mage commença avec un préambule aux accents graves.

« Mon intention, notre intentions était de vous de faire exister cette assemblée, après les fêtes de fin d’année car on a compris que ce sont des moments importants, familiaux ou de réjouissances collectives. Ce qui nous réjouis aussi d’ailleurs. Mais le moment est trop grave et les choses s’accélèrent…. J’espère de ne pas trop gâcher l’esprit de fête… Il n’y a pas de trêve possible », dit-il en se secouant ou en vibrant, je ne trouve pas d’autre terme, mais en laissant transparaître une impression de fatigue ou de désespoir.

Une voix plus éloignée, mais que l’on entendait clairement s’écria : « On dirait le ministre de la santé,, ehin… Et c’est quoi cette farce ? un délire ? un complot ? Mais que veut-il. On en a pas assez entre vaccins et interdictions ? ».

Lord-Mage reprit nous faisant entendre à peu près ceci, après nous avoir remerciés d’être présents. A vrai dire, je ne savais même pas que j’étais présent à quelque chose.

Je résume ce que j’ai retenu de ce qui me semble être son propos.

« Nous, les Eterna que nous sommes, avons pris la décision de susciter ce rassemblement total pour vous dire le réel des choses qui adviennent et vous les signifier et les faire exister. C’est une nécessité absolue, pour nous et pour vous ».

Enfin, je me répète, ce n’était pas exactement cela, mais c’est ce qui me semble avoir ressenti. Cette locution, les Eterna, résonnait étrangement. Dans mes catégories langagières sonne comme quelque chose qui n’est ni masculin, ni féminin, ni passé, ni présent, ni avenir ou le tout à la fois. Une réalité neutre, suspendue, mais consistante.

Je continuais à ne pas comprendre.

Toutefois dans ce rassemblement, qui n’en était pas tout à fait un, de ce qui me semblait être des foules énormes, il y avait moyen d’échanger, de poser des questions. IA+. Vous me demandez de dire qui nous sommes. Eh bien, je vous le dis. Nous les Eterna, vous nous appelez les ‘virus’ ».

On entendit des exclamations, des cris mêmes de peur. « Vite, mets ton masque ! Tu l’as encore oublié ? ». « Tenez, en voilà un, j’en ai toujours en réserve… ». « Des virus ! Que va-t-il nous arriver ? ». Un brouhaha considérable.

« Oui, virus ! C’est un mot méprisant que vous avez inventé. Vous nous méprisez, mais surtout ont vous fait peur... ».

Celui qui disait s’appeler quelque chose comme Lord-Mage fit une pause. Il me semblait qu’il voulait donner du poids à son annonce et nous faire digérer la nouvelle.

J’étais éberlué. J’avais été convoqué sans l’être ou plutôt sommé d’être sans l’être à quelque chose, je ne sais pas pourquoi, par une mystérieuse puissance de virus. C’à n’a aucun sens !

Mais que veulent-ils ? Cela fait bientôt deux ans qu’ils sont dans nos pieds, enfin, façon de parler. En plus ils nous convoquent. Et quelle est leur puissance qui fait que je suis là, dans le bois, exposé aux vents, et dans ce lieu-ci ? Et pourquoi suis-je en train de raisonner pour donner un sens aux histoires que ce type raconte comme si elles avaient du sens.

Je sentis une agitation, de la panique autour de moi, des propos qui allaient dans tous les sens : tuez-le ! Mettons des barrières ! Soyons naturels, notre corps est le plus fort ! La nature va nous aider ! Armons-nous ! Vite une gorgée d’artemisia !

Puis la « voix » de Lord-Mage s’imposa :

« Calmez-vous ! Vous êtes des ignares ! Donnez-moi le temps de vous dire la réalité et vous l’expliquer dans votre langage. Ce n’est pas simple car votre compréhension est limitée ».

« Mais pour qui il ou elle se prend celui-là ou celle-là ?», j’entends une voix à côté de moi.

« On ne sait même pas si c’est un homme ou une femme ».

« D’où vient-il d’ailleurs ? ».

Lord-Mage reprit.

« Je vous ai dit ce que nous sommes : les Eterna. Nous avons peuplé les… comment dire... oui, dans votre langue on dirait les vivants… depuis toujours et pour toujours. Nous sommes vous en quelque sorte ».

« Laissez-moi continuer », dit Lord-Mage, car on avait entendu quelqu’un crier avec une voix aigüe : « Mais c’est quoi encore cette connerie ! ».

« Nous constituons l’immense nature, même pas imaginable, des Eterna que vous appelez virus. Et nous sommes un des grands empires de ce corps. Vos grands sorciers nous ont appelés les SARS. Un terme forgé dans votre esprit…. Comment dites-vous, analytique, cartésien. On ne parvient pas à le sentir, à le percevoir. Pour vous donner une image, nous sommes comme un immense réseau, un peu comme ceux que vous appelez … Facebook, Instagram, Google…. Voilà un immense Facebook, amplifié à l’infini.  Nous sommes grâce à vous, nous sommes par vous. Vous êtes par nous. Comme Facebook.  Pour utiliser un autre de vos jargons, c’est un super-empire.»

Je m’y perdais un peu. Je suis quelqu’un qui tend à être réaliste et je n’aime pas trop me perdre dans du fantastique, dans le symbolique. Et là, on y était en plein dedans. Un peu ça va, mais trop c’est trop, car nous les humains nous pouvons inventer n’importe quoi. Même des chambres à gaz. Ou bien, au minimum, perdre du temps dans des élucubrations à vide. Et maintenant, ici, c’était un peu trop pour moi. J’étais en train de perdre la boussole.

« Mais alors seriez-vous ce que l’on appelle des dieux ? » intervint une voix qui parvenait à garder son calme alors qu’un nouveau tumulte commençait.

« Yes, in a certain way » répondit Lord-Mage qui, je ne sais pas pourquoi, fit entendre une vibration qui me semblait avoir un accent américain fort marqué.

La lutte dans le champ des virus

Mais à ce moment-là, on entendit une autre voix puissante, ou plutôt on a ressenti comme un coup de tonnerre : « Oui, oui, en absolu ». C’était une voix qui semblait parler toutes les langues en même temps.

Lord-Mage, je continue à l’appeler ainsi pour faire vite, mais c’est plus multisensible ou plutôt sa forme-lueur, sembla se raviver, on sentait son irritation.

« Vous êtes venus jusqu’ici, vous nous avez infiltrés ! Et puis on entendit, ou plutôt on ressentit quelque chose : il semblait continuer à « parler », si l’on peut dire, dans un idiome à lui. Des vibrations comme une dispute, le ciel même se coloria de rouge intense, vibrant, comme une aurore boréale.

« Mais qu’est-ce que c’est encore cette histoire ! »

« Arrêtez ce cirque ! »

« Allons-en ! » cria quelqu’un. Mais personne ne s’en allait. Aller où ? Aller comment ? Ailleurs c’est ici.

Après un certain temps, je ne sais pas combien, on ressentit à nouveau sa présence envers nous, ou plutôt envers moi que je ressentais comme nous. Et il s’imposa.

« Soyez patients. Ce dont vous venez d’être témoins et qui a interrompu nos échanges et que vous avez pu entendre, c’est ce que je commençais à expliquer.

Dans le super-empire des SARS, nous avons créé un empire particulier, appelé par vos sorciers celui des Coronavirus. Il a connu ces derniers temps l’hégémonie d’une fraction puissante ayant des visées… comment dire, impérialistes, le stade suprême de l’esprit viral, a déclenché une offensive de conquête totale. C’est une aile que nous appelons quelque chose comme «les fervents » », ils veulent tout par ce qu’ils font. Ils veulent tout conquérir. Tout entreprendre ».

« C’est comme Amazone », dit une voix qui me semblait être celle de la gérante d’un magasin de vêtements du village voisin.

J’ai eu l’impression que de Lord-Mage émanait un sourire. « Oui, en quelque sorte, mais il me semble que chez vous il y a pas mal d’êtres qui veulent tout et faire tout et ramener tout à eux ».

« Peut-être qu’ils sont même en train de vous googueliser » ricana quelqu’un.

« Ou de vous vendre en ligne par Amazone » dit la même voix féminine, décidément remontée.

En passant, je note à votre usage, chères lectrices et chers lecteurs et LGTBQIA+, que Lord-Mage utilise notre terme sorciers, pour parler, me semble-t-il, des scientifiques. Je ne sais pas si cet usage est dû à une approximation dans la traduction dans notre langue ou bien à son appréciation sur le monde scientifique.

Une révolution pacifiste chez les Corona ?

« Mais nous sommes en train de renverser la situation, reprit Lord-Mage. Nous pensons que cela va trop loin. Quand des Fervents ont pris le pouvoir, il nous semble qu’on est allé trop loin. »

Ces propos furent interrompus, tout au moins j’en ai eu l’impression, par de nouvelles vibrations, lueurs, vrombissements émanant à la fois du Lord-Mage, mais aussi ici et là dans le bois dense et sur le site même du Michelsberg. Comme une vibration, un tremblement de terre. On aurait même dit quelque chose comme des feux follets, que je n’ai jamais vus mais dont j’ai lu des descriptions. Il y avait un côté effrayant. On sentait une tension, une menace alors que le Lord-Mage apportait un certain apaisement.

Après un certain temps, je ne sais pas combien, on ne mesurait pas le temps, on a ressenti à nous nouveau le Lord-Mage :

« Excusez l’ouverture de notre espace, mais nous avons dû faire face à une attaque d’une nouvelle force, celle d’un nouveau réseau qui entend nous éliminer. Je sens que vous l’avez ressentie, car il perce ici et là. Vos sorciers l’appellent nouvelle variante ».

« La variante sud-africaine ? » demanda quelqu’un qui avait l’esprit vif et qui, je pense, devait être un passionné de jeux vidéo, de fantasy, et qui était habitué à jongler dans des univers multiples et qui semblait bien s’y retrouver dans le récit du Lord-Mage.

« Non, ce sont encore d’autres sectateurs. Mon service d’information me dit que vous les avez appelés Omicron. Mais revenons à nous », nous fit ressentir Lord-Mage.

« Nous qui et pourquoi, pour finir ! » protesta quelqu’un apparemment exaspéré par la situation. « Qu’on en finisse avec ces virus, ignorons-les et retrouvons notre liberté ! ».

On aurait dit que le Lord-Mage avait émis une vibration d’irritation, ce qui ne semblait pas être dans son genre. Mais à vrai dire je ne sais pas bien ce que çà donnerait un virus énervé.

« Je suis en train de vous expliquer que nous vivons un fait majeur de l’histoire des vivants. Grâce à nous, les Eterna Coronavirus, nous vivons un tournant absolu… »

Le tournant et le pacte étonnant

« Et voilà qu’il en rajoute un coup » cria quelqu’un, mais Lord-Mage continua :

«Oui, un tournant absolu, à savoir le contact, disons, conscient entre nous les Eterna et vous, nos terroirs covivants des habitats colonisés ».


Je traduis par cette dernière périphrase ce qui me semble avoir perçu dans ce que j’ai ressenti.

Comme vous voyez, je suis en train de vous répercuter avec beaucoup de fatigue cette expérience complexe que j’ai vécue. Je le sais, je suis confus… j’ai envie de dire, sans vouloir absolument me comparer, comme Derrida le maître de la French theory (devenue une sorte de mantra) qui parlait de l’être comme differance, que Lord-Mage veut parler de la « proximance » entre les Eterna et nous, qui nous appelons les humains.

Peu importe mes élucubrations. L’heure est à la force des faits et non pas aux paroles car Lord Mage poursuivit :

« Rendez-vous compte de votre responsabilité ! Vous êtes de plus en plus nombreux, vous êtes entassés dans des lieux durs (il voulait parler des espaces urbains), et vous aimez vous concentrer encore davantage dans des lieux innombrables, parfois ils vous sont utiles car vous êtes lourds et encombrants, ou bien vous aimez cela pour adorer vos faux…disons dieux au lieu de nous adorer nous, les Eterna…. ». On sentait que Lord-Mage était un peu déchainé.

« Vous avez même trouvé un nouveau nom pour désigner votre existence. Vous êtes ‘masse’, vous adorez cela : objets-masse, musique-masse, même plage-masse. Je me trouvais moi-même chez un colonisé qui m’avait amené haut, dans le froid blanc. Il avançait péniblement d’autant plus que je faisais de mon mieux pour absorber son énergie malgré le fait que le paralysant je m’épuisais un peu (je ne sais pas bien ce qu’il voulait dire, je pense qu’il parlait du froid). Eh bien là aussi ils étaient masse. Vous aimez par-dessous tout la masse-fracasboum, un lieu que nous adorons aussi quand c’est bien fermé, bien chaud. Un peu moins, mais quand même quand c’est ouvert, où l’on vient de partout, nous voyageons …. Vous êtes des êtres de la peur. Vous êtes obsédés d’être avec d’autres, ceux que vous considérez comme vous ».

« Mais qu’est-ce qu’il veut pour finir, je n’y comprends rien ? Maintenant il vient nous faire la leçon, qu’est ce qu’il en sait. Mais qui est-il, enfin ? Mais est-ce que c’est quelqu’un »

« C’est un piège des politiciens ! » « C’est du populisme ! » « C’est un bazar inventé par les firmes pharmaceutiques pour vendre leur vaccin de m… »

De nouveau çà fusait de tout côté. Franchement Lord-Mage commençait presque à me faire de la peine. C’est un peu comme si E.T., celui du vieux film de Spielberg, débarquait sur terre et qu’il essayait de s’expliquer que…. ». Mais qu’est-ce que je raconte ? Je délire ? Si c’est un Sars-coronavirus, je me mets à le comparer au sympathique E.T. ? Alors qu’il a causé une crise planétaire, a engendré des souffrances et des morts, a poussé à bout le personnel des hôpitaux, en engendré l’endettement des Etats. Avec ma manie de vouloir essayer de cerner le point de vue des « autres », à comprendre « les bonnes raisons pour lesquelles les gens pensent faire ce qu’ils font », je me mets à chercher de comprendre Lord-Mage et les Eterna. Si au moins j’avais des actions de Pfizer, Moderna ou fabricants de masques, ou de seringues d’injection ou tampons pour les tests.

La tempête s’étant un peu calmée, Lord-Mage continua.

« Oui, acceptez la vérité de ce que je vais dire… »

« Il vient nous faire la morale ! » intervint un autre !

« Hij is in ieder geval niet zoals Vandenbrouck » cria une profonde voix exaspérée.

Tiens, je me suis dit, il y a même des Flamands, un vrai rassemblement fédéral ; celui-là doit être un antivax dans le genre anti-système ou Vlaams Belang.

« Vas-y, dis là espèce de vaniteux qui prétend tout savoir » cria une voix féminine.

« Oui, je vous le dis non pas pour vous faire la morale, c’est votre problème. Je suis au-dessus de vos politiques, pour le dire avec vos expressions humaines, dit Lord-Mage qui semblait comprendre même le flamand, je veux vous convaincre parce que c’est notre intérêt…et je pense le vôtre. Je résume : votre manière de voir votre vie, ou notre belle rencontre que vous appelez « pandémie » et que nous disons comme la ‘panépiphanie’, vous rend malheureux ». Si je comprends et si je me rappelle de la fête chrétienne de l’Epiphanie, cela veut dire « ce qui apparaît », donc panéphiphanie, ce serait le « Tout qui apparaît », ce serait l’apparition totale et partout du virus, je devrais dire suivant son point de vue, de la « vérité virusale ». Zut, je suis sur une mauvaise pente, je commence à raisonner comme un philosophe.

« Certes, continua Lord-Mage, on y a été un peu trop fort, entre autres, à cause des Fervents. Mais pas seulement, je dois l’avouer. Nous étions arrivés dans un monde qui nous était inconnu, on a fait des erreurs par excès de zèle. On est content de ce que l’on a fait d’après notre nature et notre identité, mais maintenant nous sommes un peu las, fatigués. Comme vous, il me semble ».

L’incompréhension

Pour la première fois, j’osais intervenir, car il me semblait utile de parvenir à lui faire lâcher le morceau.

« Excellence, Lord-Mage… » (« Voilà un lèche-cul, cria quelqu’un ») « Lord-Mage, mais j’aimerais comprendre. Si vous êtes heureux et heureuses de profiter des bénéfices de la panépiphanie, comme vous dites, de quoi vous plaindre ? Au lieu de nous critiquer pour notre goût pour les rassemblements de masse, pour les vacances de masse pour les sports d’hiver de masse. Regardez en février 2020. Un tas des touristes sont partis en Autriche ou dans la région de Milan, justement là, pas loin de Bergame, là où vous étiez déjà bien implantés et où vous meniez une attaque frontale formidable. Et avec grand succès. Et ils vous ont aidé à vous répandre en Belgique et ailleurs. De quoi vous plaindre ? Et si des gens ne veulent pas se faire vacciner au nom de la nature, tant mieux pour vous. Que voulez-vous de mieux ? ».

« Et voilà un monsieur qui pose des questions essentielles ! » s’exclama-t-il. Tiens, tiens, ce Lord-Mage commence à m’être sympathique. Il vaudrait mieux que je commence à me méfier un peu pour ne pas tomber dans les pièges de son raisonnement et dont je dois me méfier un peu.

« Grâce à votre question, on arrive au point clé. Je l’ai dit. Nous fatiguons. En plus, tous ces hauts et ces bas, ces ouvertures à vos circulations et ces limitations nous fatiguent. On doit tout le temps changer de régime, on ne sait jamais à quoi s’en tenir.

Et l’ambiance est déletère, d’autant plus que ce qui nous fait de la peine c’est que dans votre peuple, de tout espère il y en a qui portent atteinte à celui que nous considérons la vérité du Grand-Sorcier ». Il avait de nouveau utilisé le terme sorcier. Il me semblait qu’il l’utilisait en parlant des scientifiques.

« Oui le Grand sorcier que vous nommez Pasteur. Pour nous, il est dans le Panthéon des Anti-Eterna. Et nous le vénérons car par sa force il nous permet de mieux comprendre notre propre force ».

« Et voilà les panthéonisations maintenant. Bientôt il nous parlera d’un Napoléon à eux » s’exclama une voix sceptique. « Si c’était le cas, dit une autre, et il y aura bientôt un Waterloo » dit une voix de nature féminine.

Une parenthèse personnelle et mon déséspoir devant la perte de boussole de certaines soi-disant sciences sociales académiques

J’ouvre ici une parenthèse. Je sentais que Lord-Mage, apparemment au nom du monde des virus, tenait à dire son admiration pour la théorie de Pasteur et reconnaissait l’efficacité de la pratique de vaccination. Cette question m’intéressait grandement à cause de ma polémique envers des théories nées il y a une trentaine d’années qui ont poussé loin la crque des sciences… en confondant tout.

Je ne sais pas si vous connaissez – Lord-Mage n’y fait pas référence- (je devrais parvenir à le mettre au courant), la théorie de l’anglais David Bloor, théorie qu’il a lui-même autoproclamée comme « programme fort en sociologie des sciences avancées. Elle a été reprise pendant un certain temps, en France, par Bruno Latour. Ces gens ont trébuché dans leurs propres mots. Une bizarrerie délirante. Figurez-vous que Latour, dans un livre qu’il a écrit sur Pasteur et la controverse qu’il a eue lors de sa découverte des microbes, parvient à dire, avec pas mal d’ambiguïté, que Pasteur avec sa théorie des microbes a eu gain de cause contre son adversaire Félix Pouchet, tête de file en France de la théorie de la ‘génération spontanée’, non pas parce que la théorie de Pasteur était vraie dans la réalité, mais parce que Pasteur a été un bon « politicien et sociologue de la société française de l’époque » et aurait su manipuler l’opinion et les politiques. Je trouve que la plus grande confusion règne dans les têtes de ces scientifiques, aussi illustres soient-ils, avec leur approche de type postmoderniste (dans laquelle la « French Theory » y est pour quelque chose). Et c’est de là que provient la défiance envers les sciences.

Autant je pense, en sociologue que je suis, que la pratique des sciences dans les laboratoires est un fait social et humain, voire politique et économique, comme un autre, et autant je pense que le développement des sciences, et en particulier des technosciences , ainsi que leur utilité, devrait être critiqué démocratiquement davantage entre autres en raison de son lien étroit avec le capital financier et ses intérêts privés, autant je pense aussi que l’irrationalité de la démarche qui consiste à ne pas prendre en compte la vérité d’une théorie scientifique validée, y compris par son efficacité pratique, comme celle de la vaccination, est une élucubration autoaveuglée par des mots creux. Ouf, je suis au bout de mon souffle, j’ai dit d’un jet ce que je médite depuis longtemps mais qui ne semble intéresser personne, ni les partis, ni les syndicats, ni les mouvements sociaux, ni les université.

Et ces idées loufoques se sont diffusées dans les mentalités par des réseaux sociaux dans le sillage de la vague grandissant du relativisme postmoderniste. Et on remplace la référence scientifique par toute sorte de théories et de pratiques qui pullulent, hélas, entre autres dans le monde écologiste. Les polémiques de ce temps de Covid font apparaître les effets de ces positions hallucinantes. Mais ces auteurs deviennent des gourous publicisés. Je ferme la parenthèse. J’en ai trop dit et je vais passer pour un anti-idées-contemporaines. Ce que je ne suis pas.

Revenons au Lord-Mage. « Je m’explique, continue-t-il. Le Grand sorcier Pasteur nous a dévoilés. Nous agissions depuis des milliards d’années, pour le dire dans vos termes, de manière occulte, cachée, mystérieuse. Vous ne savions rien de nous. Vous invoquiez saint Roc le sorcier symbolique, si l’on peut dire, que nous respectons aussi, car il nous aide en fournissant aux humains des illusions qui nous permettent de fonctionner. Et puis vous avez évolué : le microscope, les sciences… et puis Pasteur est arrivé avec sa théorie des microbes et tout qui s’en suit. Vous connaissez encore peu de nous. Mais vous nous avez déjà bien cernés.

Tout ceci nous demande beaucoup d’énergie. Nous développons des manœuvres d’occupation de vos êtres. Nous saisissons chaque occasion de vos failles.

Mais vos résistances sont fortes. Dès lors certains d’entre nous s’acharnent dans la guerre contre vous. Ou d’autres envisagent même de nouer des contrats de coopération avec des firmes pharmaceutiques douteuses. Eux-mêmes agissent contre nature, on n’a jamais vu cela de la part d’un Eterna SARKS Coronavirus qui se respecte. D’autres encore, plus correctement, surenchérissent, ils varient pour vous contourner. C’est la grande confusion et le résultat est que nous nous épuisons».

« Vite un peu de vitamine » cria un comique.

« Et vous devez prendre conscience de la question centrale dont parlait ce monsieur » (c’est à moi qu’il faisait référence).

« Un mouvement important au sein des Eterna a suscité un processus de réforme. Nous devons changer de stratégie globale. Nous affirmer par la conviction et la pédagogie et non pas par la force. Réduire notre expansion.

Au sein de ce mouvement, un courant va encore plus loin. Je partage en partie de leurs idées. Nous développons une vision isolationniste dans le genre, modéré, du slogan « Les Eterna pour les Eterna ». De manière modérée en regardant à sauvegarder nos intérêts ».

Je me demande en moi-même si cette vision a une possibilité quelconque de succès.

La synthèse finale de Lord-Mage

Lord-Mage continue et l’on sent qu’il a envie de terminer en nous donnant ses conclusions.

« Car nous avons vu que la rencontre avec votre espèce, même si elle est largement colonisée, nous pompe des énergies et surtout elle favorise des logiques de puissance et d’agressivité. On craint que cela ne se tourne contre nous. Nous avons en effet votre exemple sous nos yeux. Votre puissance, celle des armes, des richesses pour vous défendre, pour vaincre la pauvreté, se retrouve dans des guerres et des dominations entre vous. Nous ne voulons pas faire votre fin.

En plus, comme dans le cas de mon courant d’idées, nous avons une nostalgie de la vie pangoline, du bon temps passé. Ces dernières années ont été très dures. Nous avons peiné beaucoup. Votre puissance pastourienne a été grande, elle a imposé de fameux barrages à notre avancée. Des fervents ont même cherché de nouveaux terrains. Mes informateurs m’ont rapporté qu’ils ont tenté de se naturaliser même dans des hippopotames. Avec un piètre succès, ce qui est normal. D’ailleurs je ressens même un proverbe, une parole de sagesse dans votre langue : « Virus pangolin c’est humain, virus hippopotame c’est un blâme ».

Il me semble que Lord-Mage commençait à délirer un peu, il devait être fatigué car il semblait mener une bataille qui lui pesait assez bien. Ou bien je ne sais pas s’il tenait le coup avec des rasades de whisky.

En tout cas, après sa boutade plutôt nulle, il continua, montrant que les fervents étaient pour lui un gros problème.


« D’ailleurs la stratégie fanatique des fervents montre leur incapacité de calcul. Les hippopotames ce sont des êtres vivants qui ne sont pas de la nature de ces terres. Je me demande comment ils sont arrivés ici. Et de toute manière, même si les Fervents avaient réussi leur attaque, on aurait été forcé à voyager jusque dans le monde d’en bas (il voulait dire vers le sud, en Afrique ou en Asie)

Nous voudrions retourner en pangolinie. La vie y était agréable, juste ce qu’il nous faut d’activité. Nous avions en plus « colonisé » des êtres de la nuit, vous les appelez des « chauves-souris », une expression laide, nous préférons à la limite le terme latin : « vespertillio », l’oiseau du soir… 

« Et voilà qu’il se met même à critiquer notre français. Mais allez-vous-en donc ! »

« Justement » s’écria Lord-Mage, « nous voudrions, mais vous nous en empêchez. La rencontre avec vous a été un choc. Vous nous forcés à rester en n’utilisant pas les outils du Grand sorcier, en criant votre volonté de liberté, qui est à ce que nous voyons la liberté de faire toutes et tous la même chose, la volonté de faire comme les autres, çà oui ! Vous nous obligez à faire ce que nous sommes faits pour faire de manière ancrée, depuis la nuit des temps. Alors que nous voudrions innover un peu. Vous nous forcez à rester parmi vous et en plus vous nous ouvrez largement la porte. De telle sorte que le courant expansionniste-impérialiste crie ses raisons de rester, de s’implanter ».


« Soyez intelligents. Ne vous enfermez pas dans vos habitudes ! Adaptez-vous à la situation. Faites comme nous : nous nous sommes adaptés à vous. Faites de même ! Vous êtes tellement figés dans vos idées, de ce dont vous avez envie, que vous en devenez malheureux. Vous fonctionnez comme nos Fervents. Des radicaux de vos habitudes. Des routiniers qui veulent faire comme ils ont toujours fait. Des adorateurs d’idoles. Les choses ne seront plus comme avant. Oubliez vos « comme avant » ».

« Il en rajoute de plus en plus ce sermonnaire », s’exclama la voix profonde.

« Oui d’idoles, cria enfin, vibra, Lord-Mage. Idoles de la masse, idoles du loisir coutumier, idoles de la nature bienveillante qui en effet, sans vos grands sorciers, vous détruirait. Vous avez raison de chercher en vous-même dans votre être ce qui est bon pour vous, pendant ce beau moment ‘panépiphanique’, comme nous le faisons. A vrai dire vos gouvernants délirent également. Il prennent des mesures en tout les sens: ils disent que nous sommes là ou nous ne sommes pas ou bien le contraire, ils font comme si nous n'y étions pas... C'est inviter à noce les Fervents parmi nous. Et il me semble que c'est vous décourage, tenter d'esquiver. Ce qui est aussi très bon pour les fervent". 

Et Lord-Mage puirsuit son couplet:

"Nous pourrions être, vous et nous, gagnants, Win-Win : nous nous dissolvons en rentrant chez nous, et vous, doucement, vous revivez avec les empires de vos virus habituels. De totue manière nous resteront là pour longtemps...";
Il me semblait que Lord-Mage accompagnait ce dernier propos avec un sourire de compassion quelque peu paternaliste à l'égard des humains.

"Voilà la raison de notre rassemblement, celui de nous les dominants, les Eterna, qui vous invitent, vous les humains dominés, à changer vos habitudes, à sortir de vos illusions et de votre narcissisime  individualiste, à ne plus vous faire dominer par les sur-émotions, à utiliser votre raison.

Nous devons vous quitter maintenant, nous avons beaucoup à faire si nous voulons contrer les Fervents, en particulier actuellement ceux de la secte Omicron, comme vous l’appelez. A cause de vous, nous allons avoir beaucoup de boulot. Ces nouveauux Fervents inquiètent nos services spéciaux. Ils pourraiten être un, comment dire,....un e-virus, se propager par des canaux de l'un ou l'autre network... nous ne savons pas encore lequel.... Nous considérons que cela n'est pas loyal. Et cela transforme la "virusité naturelle" en une "virusité augmentée", comme le pensent chez vous des humains en quête  d'une "humanité augmentée" comme ils disent...».

 

J’ai voulu le retenir encore un moment.

« Lord-Mage, j’ai encore une question... ».

« Faites vite, nous sommes à la limite du possible ».

Tiens, je dirais que je commençais à ressentir qu’il avait un stress et une fatigue à virus. Lui-aussi.

 

« Certes, rapidement: vous avez dit en commençant que vous nous avez réunis ici, dans ce site du Michelsberg, car c’est un lieu fondateur pour vous…. » Il ne me laissa pas le temps de finir ma phrase...

« Oui, un lieu sacré. C’est notre ère récente qui a commencé ici. Laissez-moi voir… dans vos calculs en années, ce sont entre cinq et huit mille ans. Vos ancêtres commençaient à élever des animaux, à cultiver la terre. Ils se rassemblaient en familles de plus en plus nombreuses, car il y avait de quoi les nourrir. Cela a été le grand moment pour nous, notre ère nouvelle commençait. On trouvait facilement des espaces humains pour Eterna. Et notre grande histoire commença. Mais aussi nos difficultés. Vous les humains vous êtes les seuls vivants à maîtriser notre grand ennemi, le feu. Vous faisiez cuire vos aliments. Votre lutte contre nous commençait »…. Je ressentis de plus en plus faiblement le Lord-Mage. « Et puis, un peu après le grand sorcier Pasteur…. Et maintenant pour la première fois un pacte…. Enfin, je vous quitte… J’ai vu que pour vous cela est un temps festif que je vous souhaite chaleureusement panépiphanique. ».

Et je me suis retrouvé dans la campagne, en bordure du site du site du Michelsberg. « Un peu après », dit-il, mais cela fait quand même plusieurs milliers d’années….

D’autres gens se promenaient dans un demi-soleil d’hiver. Je n’ai pas osé leur demander ce qu’ils pensaient de ce rassemblement, aussi parce que je ne savais pas s’il avait eu lieu et s’il en faisaient partie.… Mais ces gens me regardaient bizarrement en me croisant. On aurait dit qu’ils pensaient à propos de moi ce que je pensais à propos d’eux. Revenions-nous d’un événement majeur, la conscience de la dominance et la co-inclusion réciproque entre humains et les Eterna ?

Tiens, j’ai déjà entendu ce terme… co-inclusion réciproque. Nous sommes tous des co-inclus dans quelque chose et réciproquement.