Dassetto Felice, "Impostures et postures. A propos de l'affaire Sokal", in La Revue Nouvelle, février 1998
Ce qu’on a appelé l’ « affaire Sokal » est un coup monté par un physicien new-yorkais, Alan Sokal en réaction aux excès de la pensée postmoderne, cette pensée qui a monté en flèche dans les années 1980, en particulier dans els camus nord-américains et qui prétend développer un discours deconstructeur vise à dé-hiérarchiser la pensée et les valeurs. Il n’y a pas de hiérarchie de valeurs, tout est équivalent. Il n’y a pas de hiérarchie de pensée : la science est un discours comme un autre. Le tout étant expression des vécus et des subjectivités.
Sokal a voulu montrer l’absurdité de cette position. Il a inventé de toute pièce un article écrit dans une rhétorique pseudo scientifique qui raconte des fanfaronnades et il l’a envoyé à la revue Social text. Cette revue l’a publié en avril 1996 et ensuite Alan Sokal a dévoilé son jeu, montrant ainsi du doigt la revue Social Text et, à travers elle, la vanité du discours postmoderne. Alan Sokal et son ami de l’UCL Jean Bricmont on publié en français un ouvrage Impostures intellectuelles, Paris, Odile Jacob, 1998, qui stigmatise le postmodernisme, dont - à tort selon moi- le sociologue Bruno Latour.
Cet article reprend des éléments de cette polémique à la suite de Impostures intellectuelles, mais émet également des réserves à propos de la vision de la science de ces deux auteurs. Si la réaction au postmodernisme est salutaire, il importe de ne pas glisser dans un scientisme où le modèle du raisonnement scientifique venant des sciences de la nature est le seul pertinent. Ce qui me semble le propos des deux auteurs ou tout au moins d’un d’entre eux. C’est le vieux débat des sciences humaines. Il reste toujours actuel : jusqu’à preuve du contraire l’être humain peut difficilement être considéré un objet de science à la manière d’un corps physique car dans son agir, il est lui-même producteur de sens.

